Quand on envisage de créer une entreprise, une question revient régulièrement dans les échanges entre entrepreneurs : faut-il opter pour une société offshore ou une onshore au Maroc ? Les deux notions circulent beaucoup, parfois avec des définitions floues ou des idées reçues qui compliquent la prise de décision.
Pourtant, la distinction est fondamentale. Elle conditionne votre fiscalité, vos marchés accessibles, vos obligations légales et, au bout du compte, la viabilité de votre projet à long terme. Le Maroc a considérablement modernisé son cadre juridique ces dernières années, ce qui rend cette comparaison encore plus pertinente aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a dix ans.
Cet article vous présente les caractéristiques concrètes de chaque structure, leurs différences principales, et les critères qui vous aideront à faire le bon choix selon votre situation.
Qu’est-ce qu’une société offshore ?
Une société holding offshore est une société non résidente, par opposition aux sociétés dites onshore, qui sont résidentes. La société « offshore » établit son siège social dans un pays dans lequel elle n’exerce aucun commerce et dont les dirigeants responsables n’y sont pas domiciliés.
En pratique, une structure offshore est conçue pour des opérations tournées vers l’étranger. Elle ne cible pas le marché local du pays d’implantation, mais vise des clients, partenaires ou marchés situés en dehors de ce territoire. Son capital est généralement libellé en devises étrangères, et ses transactions se réalisent en monnaies convertibles.
Activités souvent orientées vers l’international
Plusieurs structures sont concernées, notamment celles qui opèrent dans le télémarketing, le commerce international, l’e-commerce, le courtage, le consulting, le conseil délocalisé et les ventes de contenu dématérialisé.
Les sociétés offshore au Maroc peuvent aussi exercer des activités d’externalisation de services (offshoring), ce qui attire chaque année des centaines d’entreprises étrangères, notamment françaises, à la recherche d’une main-d’œuvre qualifiée et multilingue à des coûts compétitifs.
Cadre légal et évolution du statut au Maroc
Le régime offshore classique a été créé en 1992 avec la loi n° 58-90 relative aux places financières offshore, qui a établi dans la municipalité de Tanger une place financière exclusivement ouverte aux banques et aux holdings offshore. Ce régime historique offrait des avantages fiscaux considérables, notamment un impôt forfaitaire de 5 000 dollars US par an pendant les 15 premières années. Cependant, depuis janvier 2019, les sociétés nouvellement créées sont soumises au droit commun. Cette évolution fait suite aux engagements du Maroc auprès de l’OCDE et de l’Union européenne pour harmoniser sa fiscalité avec les standards internationaux.
Aujourd’hui, les alternatives légales les plus attractives pour une structure à vocation internationale sont les zones d’accélération industrielle, le statut de société exportatrice, et les structures rattachées à Casablanca Finance City. Ces dispositifs offrent des avantages fiscaux concrets tout en respectant les normes internationales.
Pour comprendre en détail le fonctionnement d’une société offshore au Maroc, consultez notre guide complet sur la création d’une société offshore.
Qu’est-ce qu’une société onshore au Maroc ?
Une société onshore est une entreprise résidente, constituée et opérant dans le pays où elle est enregistrée. Elle exerce une activité réelle sur le territoire marocain, paie ses impôts selon le droit commun local et est soumise à l’ensemble des obligations légales et fiscales applicables aux entreprises résidentes.
Contrairement à la structure offshore, l’entreprise onshore s’adresse au marché intérieur ou peut bien sûr exporter, mais sans bénéficier des régimes spéciaux liés à l’orientation exclusive vers l’international.
Activités sur le marché marocain
La société onshore peut exercer pratiquement toutes les activités économiques autorisées par la loi marocaine : commerce de détail et de gros, services aux particuliers et aux entreprises, industrie, immobilier, restauration, conseil, technologie, santé, agriculture, et bien d’autres. Elle a accès plein et entier au marché intérieur marocain et peut contracter librement avec des clients, fournisseurs et partenaires locaux.
Formes juridiques les plus courantes
Les types de sociétés au Maroc comprennent la Société en Nom Collectif (SNC), la Société en Commandite Simple (SCS), la Société Coopérative, et le régime Auto-entrepreneur, adapté aux petites activités et aux freelances souhaitant un régime simplifié.
Les deux formes les plus utilisées restent cependant la SARL et la SA. La Société à Responsabilité Limitée représente la forme la plus populaire auprès des entrepreneurs marocains. Sa popularité s’explique par son équilibre parfait entre protection juridique et simplicité de gestion. La SA est idéale pour les grandes entreprises nécessitant des investissements importants, avec un capital social minimum de 300 000 MAD, ou 3 000 000 MAD si l’entreprise fait appel public à l’épargne, et un minimum de 5 actionnaires.
Les principales différences entre offshore et onshore
Fiscalité et obligations
C’est sur ce point que la distinction est la plus marquée. Les entreprises d’offshoring bénéficient au Maroc d’un régime fiscal attractif comprenant une exonération totale de l’impôt sur les sociétés durant les cinq premières années, suivie d’un taux réduit de 20%, ainsi qu’une exonération de la TVA sur le chiffre d’affaires à l’export réalisé en devises.
Pour les sociétés onshore, la fiscalité suit le droit commun. Les taux d’IS applicables en 2025 varient selon le niveau de bénéfice net : 17,5 % pour les bénéfices inférieurs ou égaux à 300 000 DH, 20 % entre 300 001 et 1 000 000 DH, 22,75 % entre 1 000 000 et 99 999 999 DH, et 34 % au-delà de 100 millions de dirhams. Ces entreprises sont également assujetties à la TVA, à la taxe professionnelle et à la taxe sur les services communaux.
Tableau comparatif : offshore vs onshore au Maroc
| Critère | Société Offshore | Société Onshore |
|---|---|---|
| Marché cible | International (hors Maroc) | Marché marocain (local) |
| IS (5 premières années) | Exonération totale | Taux progressif dès le 1er DH |
| IS après 5 ans | Taux réduit (20%) | Taux progressif de droit commun |
| TVA | Exonérée sur CA export en devises | Applicable selon le régime |
| Devises | Capital en monnaies étrangères | Capital en dirhams |
| Accès au marché local | Limité ou interdit | Total |
| Formes juridiques | SA, SARL, holding | SARL, SA, SAS, SNC, auto-entrepreneur |
| Obligations comptables | Normes offshore spécifiques | Plan Comptable Général marocain |
| Régime CNSS | Exonérations possibles | Cotisations standard |
Activités autorisées
La frontière entre les deux structures se voit aussi dans le périmètre d’activité autorisé. Une société offshore au Maroc ne peut pas, en principe, vendre ses produits ou services sur le marché local marocain. Son chiffre d’affaires doit provenir de l’étranger pour justifier les avantages fiscaux associés. La structure onshore, elle, peut viser simultanément le marché local et l’export, sans restriction de clientèle.
Implantation et marchés visés
Aujourd’hui, le Maroc propose des alternatives légales particulièrement attractives : les zones franches d’exportation (rebaptisées zones d’accélération industrielle), les sociétés exportatrices, et les structures bénéficiant du statut Casablanca Finance City. Ces zones permettent de profiter d’un cadre proche de l’offshore tout en restant dans la légalité internationale.
La société onshore, elle, peut s’implanter librement dans n’importe quelle ville du Maroc, sans contrainte géographique liée à son régime fiscal.
Choisir la bonne structure est essentiel pour optimiser votre projet d’entreprise. Une mauvaise décision à ce stade peut engendrer des coûts fiscaux importants ou limiter vos marchés à long terme.
Quelle option choisir selon votre projet ?
Cas d’une activité locale
Vous souhaitez ouvrir un restaurant à Marrakech, lancer une agence de conseil à Casablanca, ou créer une boutique en ligne ciblant les consommateurs marocains ? La société onshore est la réponse naturelle. Elle vous donne accès à l’ensemble du marché intérieur, sans restriction de clientèle, et vous permet de facturer en dirhams, d’embaucher localement en toute simplicité et de bénéficier d’une image professionnelle solide auprès de vos partenaires locaux.
La SARL reste le choix le plus adapté pour démarrer, grâce à sa souplesse et à ses formalités allégées. La SA convient davantage aux projets d’envergure nécessitant de lever des fonds ou de faire appel à plusieurs investisseurs.
Cas d’une activité internationale
Vous gérez une activité de services informatiques destinée à des clients européens, vous opérez un centre d’appels pour des marques françaises, ou vous souhaitez externaliser une partie des opérations d’un groupe étranger vers le Maroc ? La structure offshore, ou ses équivalents légaux actuels (zones d’accélération industrielle, sociétés exportatrices), présente des avantages concrets : exonération d’IS les premières années, exonération de TVA sur les recettes en devises, et des coûts d’exploitation compétitifs grâce à une main-d’œuvre qualifiée et multilingue, des infrastructures modernes, et un environnement réglementaire propice au développement des activités d’externalisation de services.
Le Maroc bénéficie par ailleurs de conventions de non-double imposition avec de nombreux pays, dont la France, ce qui sécurise davantage les montages transfrontaliers.
Importance d’une analyse préalable
Aucune formule universelle ne s’applique à tous les projets. Un entrepreneur qui compte cibler à la fois des clients marocains et des clients étrangers devra peut-être envisager deux structures distinctes, ou opter pour un régime exportateur qui lui permet de combiner les deux marchés sous certaines conditions.
La réglementation fiscale marocaine évolue régulièrement, notamment sous l’influence des engagements pris auprès de l’OCDE. Ce qui était vrai en 2015 ne l’est plus forcément aujourd’hui. D’où l’importance de ne pas s’appuyer uniquement sur des informations générales trouvées en ligne.
Société offshore et société onshore répondent à des logiques différentes, et les confondre peut coûter cher. La première est conçue pour des activités tournées vers l’international, avec des avantages fiscaux conditionnés à une orientation export. La seconde opère pleinement sur le marché marocain, dans un cadre fiscal de droit commun, avec toute la liberté d’action que cela implique.
Le Maroc offre aujourd’hui un cadre légal sérieux, aligné sur les standards internationaux, qui permet aux entrepreneurs de structurer leur activité de manière cohérente selon leurs ambitions. Choisir entre offshore et onshore, c’est avant tout choisir une stratégie de développement. Cette décision mérite réflexion, analyse et conseil expert.
Besoin d’aide pour créer votre société au Maroc ? Faites-vous accompagner par un expert du Centre Chorfi pour poser des bases solides dès le départ.




