IS au Maroc en 2026 : tout comprendre sur les taux et le calcul

IS au Maroc en 2026

Créer ou développer une entreprise au Maroc sans maîtriser les règles de l’Impôt sur les Sociétés (IS), c’est naviguer à l’aveugle. Cet impôt représente souvent l’une des charges fiscales les plus lourdes pour une société commerciale, et sa mauvaise anticipation peut compromettre la trésorerie, voire la rentabilité d’un projet pourtant solide. Bonne nouvelle : en 2026, la réforme de convergence initiée par la Loi de Finances 2023 est achevée, et plus de 98 % des entreprises marocaines paient désormais le même taux de 20 %. Le système est plus lisible, mais il reste des subtilités à connaître. Ce guide vous explique le barème en vigueur, vous propose des simulations concrètes et vous donne des pistes pour réduire légalement votre charge fiscale.

Qu’est-ce que l’Impôt sur les Sociétés (IS) ?

L’Impôt sur les Sociétés est un prélèvement obligatoire sur les bénéfices réalisés par les personnes morales soumises à cet impôt au Maroc. Il concerne principalement les sociétés anonymes (SA), les sociétés à responsabilité limitée (SARL), les sociétés en commandite par actions, ainsi que certaines sociétés en participation selon leur composition. À compter du 1er janvier 2026, les sociétés en participation comprenant au moins une personne morale ou plus de cinq associés personnes physiques sont désormais obligatoirement soumises à l’IS.

La question de la différence entre l’IS et l’Impôt sur le Revenu (IR) revient souvent, notamment chez les entrepreneurs qui hésitent entre différentes structures juridiques. L’IS taxe le bénéfice net de la société, tandis que l’IR taxe les revenus des individus, comme les salaires ou les revenus professionnels, selon un barème progressif. Une même personne peut être concernée par les deux : l’IS pour sa société et l’IR pour ses revenus personnels, par exemple sous forme de salaire de gérant ou de dividendes.

Un autre point fondamental à comprendre : l’IS fonctionne selon un principe proportionnel et non progressif. Concrètement, cela signifie que l’ensemble du bénéfice est taxé au taux de la tranche dans laquelle il se situe. Ce mécanisme a des conséquences importantes lors du franchissement de certains seuils, comme nous le verrons dans les simulations.

Quels sont les taux de l’IS au Maroc en 2026 ?

L’analyse de l’IS pour la période 2022-2026 révèle une transformation structurelle profonde, marquée par le passage d’un barème progressif vers un système de taux proportionnels unifiés. Ce chantier, lancé par la Loi de Finances 2023, s’est achevé cette année avec trois taux cibles principaux.

En 2026, le système fiscal marocain achève sa transition vers une structure simplifiée autour de trois taux : 20 % applicable à toutes les sociétés dont le bénéfice net fiscal est inférieur à 100 millions de dirhams, 35 % pour les sociétés réalisant un bénéfice net fiscal égal ou supérieur à 100 millions de dirhams, et 40 % pour les établissements de crédit, Bank Al-Maghrib, la CDG et les organismes assimilés.

Des cas particuliers méritent attention. Les sociétés implantées dans les Zones d’Accélération Industrielle (ZAI) et les Casablanca Finance City (CFC) bénéficient d’un taux de 20 % même au-delà de 100 millions de dirhams de bénéfice, tandis que les sociétés exportatrices, hôtelières ou opérant dans l’offshoring bénéficient du taux de 20 % uniquement si leur bénéfice reste en deçà de ce seuil.

À ces taux s’ajoutent deux mécanismes complémentaires à ne pas négliger :

La Cotisation Minimale (CM) : elle est égale à 0,25 % du chiffre d’affaires hors taxes, avec un minimum de 3 000 DH. La société paie le montant le plus élevé entre l’IS calculé sur le bénéfice et la cotisation minimale. En cas de déficit, l’IS est nul mais la CM reste due. Elle est toutefois exonérée pendant les 36 premiers mois d’activité.

La Contribution Sociale de Solidarité (CSS) : c’est un impôt additionnel pour les sociétés dont le bénéfice net fiscal dépasse 1 million de dirhams, reconduit jusqu’en 2028 par la Loi de Finances 2026. Elle est proportionnelle, non déductible du résultat fiscal, et son taux s’applique à la totalité du bénéfice. Les taux de la CSS sont de 1,5 % pour un bénéfice entre 1 et 5 millions DH, 2,5 % entre 5 et 10 millions DH, 3,5 % entre 10 et 40 millions DH, et 5 % au-delà de 40 millions DH.

Voici un tableau récapitulatif des taux IS 2026 au Maroc :

Catégorie d’entrepriseBénéfice net fiscalTaux ISCSS applicable
Droit commun (SARL, SA, etc.)Moins de 100 M DH20 %De 1,5 % à 5 % si BNF > 1 M DH
Grandes entreprises100 M DH et plus35 %De 1,5 % à 5 % si BNF > 1 M DH
Banques, assurances, CDGTout montant40 %De 1,5 % à 5 % si BNF > 1 M DH
ZAI / CFCTout montant20 %De 1,5 % à 5 % si BNF > 1 M DH
Cotisation MinimaleSur CA HT0,25 % (min 3 000 DH)Non concernée

Comprendre votre taux d’imposition permet de mieux anticiper vos charges fiscales. Si vous avez un doute sur votre situation, consultez un comptable pour obtenir une analyse personnalisée.

Simulations simples de l’IS

Ces exemples utilisent les taux 2026 en vigueur. Ils sont fournis à titre indicatif et ne remplacent pas un conseil fiscal adapté à votre situation.

Exemple pour une petite entreprise

Une SARL de services informatiques réalise un chiffre d’affaires de 800 000 DH et dégage un bénéfice net fiscal de 120 000 DH.

  • IS : 120 000 × 20 % = 24 000 DH
  • Cotisation Minimale : 800 000 × 0,25 % = 2 000 DH (inférieure au plancher de 3 000 DH)
  • Montant retenu : le plus élevé entre 24 000 DH (IS) et 3 000 DH (CM) = 24 000 DH
  • CSS : bénéfice inférieur à 1 million DH, donc non applicable

Charge fiscale totale : 24 000 DH

Exemple pour une PME

Une PME de distribution réalise un chiffre d’affaires de 8 millions DH avec un bénéfice net fiscal de 1 800 000 DH.

  • IS : 1 800 000 × 20 % = 360 000 DH
  • Cotisation Minimale : 8 000 000 × 0,25 % = 20 000 DH (inférieure à l’IS)
  • CSS : bénéfice entre 1 et 5 millions DH → 1 800 000 × 1,5 % = 27 000 DH

Charge fiscale totale : 387 000 DH

Exemple pour une société à forte rentabilité

Une société industrielle réalise un chiffre d’affaires de 50 millions DH avec un bénéfice net fiscal de 6 millions DH.

  • IS : 6 000 000 × 20 % = 1 200 000 DH
  • Cotisation Minimale : 50 000 000 × 0,25 % = 125 000 DH (inférieure à l’IS)
  • CSS : bénéfice entre 5 et 10 millions DH → 6 000 000 × 2,5 % = 150 000 DH

Charge fiscale totale : 1 350 000 DH, soit un taux effectif d’environ 22,5 % du bénéfice net fiscal.

Ces simulations montrent bien que l’IS marocain peut avoir des implications significatives lors du franchissement de certains seuils, notamment celui du million de dirhams de bénéfice qui déclenche la CSS.

Comment réduire légalement sa charge fiscale ?

Optimiser sa fiscalité ne signifie pas y échapper. Cela consiste à utiliser pleinement les mécanismes prévus par le Code Général des Impôts pour ne pas payer plus que ce que la loi exige.

Déduire toutes les charges professionnelles justifiées est le premier levier. Les dépenses sont déductibles si elles sont liées à l’activité, justifiées, et payées par voie bancaire, les règlements en espèces étant limités à 5 000 DH par jour et par fournisseur. Loyer, salaires, fournitures, honoraires, amortissements : chaque charge correctement comptabilisée réduit la base imposable.

Les amortissements constituent un outil particulièrement efficace. L’acquisition de matériels, véhicules ou équipements génère des dotations aux amortissements qui réduisent le bénéfice imposable sur plusieurs exercices. Attention : depuis la Loi de Finances 2025, l’amortissement des véhicules est limité à 400 000 DH TTC.

Les provisions réglementées permettent également d’anticiper des pertes ou déprécations futures, à condition qu’elles soient justifiées et conformes aux dispositions du CGI. La constitution des provisions autorisées par le Code Général des Impôts fait partie des leviers d’optimisation légale à exploiter.

Les régimes sectoriels avantageux offrent des abattements ou exonérations pour certaines activités. Les sociétés exportatrices, par exemple, bénéficient d’exonérations sur la partie exportée de leur chiffre d’affaires. Exploiter les régimes sectoriels avantageux si votre activité le permet et structurer judicieusement votre organisation juridique font partie des stratégies d’optimisation recommandées.

Une comptabilité rigoureuse est la base de toute optimisation fiscale. Sans elle, les charges déductibles ne peuvent être justifiées, et les contrôles fiscaux deviennent risqués.

Un accompagnement fiscal peut vous aider à optimiser votre situation en toute conformité. L’équipe du Centre Chorfi accompagne les entreprises marocaines dans la gestion de leur fiscalité, de la création jusqu’au développement.

Erreurs fréquentes à éviter

Même les dirigeants expérimentés commettent des erreurs fiscales qui peuvent se révéler coûteuses. En voici les principales.

Sous-estimer l’IS à payer est une erreur classique. Une particularité importante du système marocain est que l’IS fonctionne selon un principe proportionnel : si votre société réalise un bénéfice de 1 000 001 DH, la totalité sera imposée à 22,75 % (IS + CSS), et non seulement la portion dépassant le million de dirhams. Ce saut de taux mérite une attention particulière en fin d’exercice.

Oublier la CSS est une erreur de plus en plus fréquente à mesure que les entreprises se développent. Beaucoup de dirigeants calculent leur IS mais omettent d’intégrer la Contribution Sociale de Solidarité, ce qui fausse leur projection de trésorerie. La CSS se calcule sur le bénéfice de l’exercice sans tenir compte de l’imputation des déficits antérieurs, ce qui constitue une différence majeure avec le calcul de l’IS.

Retarder les déclarations et paiements expose à des pénalités significatives. L’IS se paie en quatre acomptes trimestriels de 25 % chacun, plus un reliquat à la clôture de l’exercice, avec une déclaration à déposer avant le 31 mars pour un exercice clôturé au 31 décembre. Tout retard génère des majorations et pénalités qui alourdissent la charge finale.

Négliger la cotisation minimale en période de faible activité est une autre erreur fréquente. Beaucoup d’entrepreneurs pensent qu’en l’absence de bénéfice, ils ne doivent rien. Or, même si votre SARL est en déficit, la cotisation minimale reste due, avec un plancher de 3 000 DH par an, sauf pendant les 36 premiers mois d’activité.

Enfin, l’absence de suivi comptable régulier rend impossible toute anticipation fiscale. Une comptabilité tenue à jour tout au long de l’année permet de simuler l’IS prévisionnel, d’ajuster les acomptes et de prendre les bonnes décisions avant la clôture de l’exercice.


L’Impôt sur les Sociétés au Maroc est désormais plus simple à lire grâce à la convergence achevée en 2026. Mais simplicité ne veut pas dire absence de risques. Le taux de 20 % applicable à la grande majorité des entreprises doit toujours être mis en regard de la CSS, de la cotisation minimale et des spécificités propres à chaque secteur d’activité. Anticiper l’IS dès la création de l’entreprise, maintenir une comptabilité irréprochable et exploiter les leviers d’optimisation légaux sont les trois piliers d’une gestion fiscale saine.

Une bonne maîtrise de la fiscalité ne réduit pas seulement vos charges : elle renforce votre capacité à investir, à planifier et à croître.

Besoin d’aide pour calculer ou optimiser votre Impôt sur les Sociétés au Maroc ? Consultez un expert du Centre Chorfi et obtenez un accompagnement personnalisé conforme aux dernières dispositions du CGI 2026.